Le mot du Pasteur

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Passons sur l’autre rive !
(auteur inconnu)
Si dans les évangiles, il y a un récit sans cesse actualisé c’est bien celui de la « tempête apaisée ». Qui d’entre nous, un jour ou l’autre de son existence, ne doit-il pas affronter une terrible tempête où tout semble chavirer ? Longue période de captivité, de solitude, de chômage, de maladie ou de déprime. Période angoissante au cours de laquelle nous avons l’impression que nous allons sombrer, couler, être englouti par les ennuis répétés…
Traversée parfois tragique où, comme les disciples du Christ, il nous arrive de crier vers Dieu: « Je suis perdu; on dirait que cela ne te
fait rien ! « 
Peut-être n’avez-vous pas prêté attention à ce que dit le Christ avant de monter dans la barque avec ses disciples: « Passons sur l’autre
rive ! « 
L’aventure de notre vie, personnelle ou collective, ne serait-elle pas ce nécessaire et périlleux passage d’une rive à une autre ?
« Passer sur l’autre rive », pour chacun de nous, ce sera parfois dépasser un échec,surmonter un handicap. Je pense à mon ami Eric, footballeur enragé. Accident de voiture. Fauteuil roulant à vingt trois ans !
Lui aussi a bien failli sombrer. Jusqu’au jour où il m’a dit: « Je dois quitter les rives du passé, de mes nostalgies pour vivre le présent ! » Aujourd’hui il est champion de volley dans une équipe d’handicapés. Courageusement, Eric est passé sur l’autre rive.
« Passer sur l’autre rive », pour chacun de nous, ce sera aussi parfois passer d’une vie mesquine, ratatinée sur elle-même au désir de vivre
pour les autres, passer du « à quoi bon ! » au désir de faire quelque chose pour qu’il y ait un peu plus de justice autour de soi, un peu moins d’exclus, un peu plus de bonheur.
Ce sera parfois, plus simplement encore, ouvrir sa porte, traverser le palier, la rue, pour aller visiter la rive de son voisin.
Passer sur l’autre rive, ce sera aussi, peut-être, passer de la haine au pardon, du racisme au respect des autres, d’une passion dégradante à la liberté intérieure. Ce sera, inévitablement, pour chacun de nous, vivre cet ultime affrontement avec la mort avant d’aborder les rives du Royaume de Dieu.
Pour les peuples, « passer d’ une rive à l’ autre », ce sera affronter la tempête de périodes de luttes, de persécutions pour « passer » de l’oppression à la liberté, de l’idéologie totalitaire à la démocratie. Nous pourrions évoquer
bien des peuples contemporains !
Pour l’Eglise, « passer sur l’autre rive », ce sera tout simplement vivre sa mission !
Partir vers d’autres rivages: celui des cultures anciennes et nouvelles, celui de la diversité des peuples. Poussée par l’Esprit, la barque de Pierre
doit oser quitter la rive des sécurités, des habitudes pour affronter les turbulences et les questions du monde moderne.
 
Un ami astrophysicien me disait encore récemment: « 
Si vous saviez combien de nombreux chercheurs, loin du scientisme désormais dépassé, se posent, aujourd’hui, les vraies, les grandes questions sur l’homme: son origine, sa destinée, le sens de l’aventure
humaine. Il y a parmi eux de véritables mystiques laïcs fascinés par l’autre rive de l’humanité ! »
Et pendant ce temps là, l’Eglise s’enfermerait à nouveau dans ses chapelles !
Impossible ! L’Eglise existe pour aider les hommes à passer d’une rive à l’autre !
Que les risques de cette longue traversée avec ses tempêtes inévitables nous fassent peur, pourquoi s’en étonner ! Quoi de plus humain ?
Le Christ lui-même a vécu dans sa chair cette difficile traversée de l’existence humaine. Lui aussi, il a crié sa peur, son angoisse
quand les forces adverses ont tenté de l’engloutir. Notons que sa prière ne l’a pas dispensé de vivre sa passion mais lui a permis de l’affronter avec une grande confiance en son Père.
C’est pourquoi le Christ, victorieux des forces du mal et de la mort, redit à chacun de nous, à tous les peuples de la terre, à son Eglise, ce qu’il disait à ses disciples paniqués:
« Pourquoi avoir peur ? Ayez foi en moi ! « 
Quand notre barque est soudain secouée par les vagues des événements imprévus, le Christ nous invite à croire qu’il est vivant, présent à nos côtés. Il est cette présence discrète capable d’apaiser nos tempêtes intérieures et extérieures.
Il invite tous les naufragés de la vie, tous ceux qui ont perdu pieds, tous ceux qui ont l’impression de sombrer, à lui tendre la main, à crier avec confiance « Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! « 
Sans doute le Christ ne nous dispensera pas des épreuves de la traversée. Mais ,n’ayons pas peur, lui, le Vivant, il est notre Force. Nous avons l’assurance qu’Il nous conduira sur l’autre rive. Rive qu’il connaît bien puisqu’il a déjà fait la traversée pour nous, avant nous.
Finalement, « passer sur l’autre rive » n’est-ce pas oser partir, oser se mettre en route pour recommencer à vivre, à aimer. C’est toujours prendre des risques. Et cela fait toujours peur ! Mais le contraire de la peur c’est le courage de la foi. Cette foi qui nous fait passer sur l’autre rive, la rive de l’Avenir, la rive de l’Amour, la rive de la Vie, celle de Dieu .